On peut dire d’Alfredo Di Stefano qu’il est l’incarnation, avant l’heure, du football moderne. En effet, sa brillante carrière, commencée en 1945, s’est terminée en 1967.
Alors même que pour les aficionados, le football moderne est né, notamment, au Mexique, lors de la coupe du monde remportée par Pelé et le Brésil, le 21 juin 1970. Lequel a été théorisé, ensuite, par Johan Cruyff.
Quant à sa carrière d’entraineur, auréolée de quelques grandes victoires, elle a connu bien des vicissitudes.
Mais, en raison de son style de jeu et de ses étonnantes qualités de joueur Alfredo Di Stefano fait incontestablement partie des joueurs de légende. Et même, pour Pelé et Maradona, entre autres, Alfredo Di Stefano est carrément :
Le meilleur joueur de tous les temps.
Palmarès d’Alfredo Di Stefano
Les débuts en 1ère Division
Le palmarès d’Alfredo di Stefano est éclatant. Ce n’est pas pour rien qu’il est un joueur de légende. Il commence à jouer, en 1ère Division, en juin 1945. Il a tout juste 19 ans. Et son vrai premier club est le club Atletico River Plate, de Buenos Aires, en Argentine. Avec son grand rival, Boca Juniors, c’est un des plus grands clubs sud-américains.
Pour la petite histoire, le père d’Alfredo di Stefano figure parmi les fondateurs du club argentin. Et sa mère, d’origine béarnaise, d’où le nom complet d’Alfredo di Stefano Laulhé, n’est pas pour rien non plus dans son recrutement. En cela, ses débuts ne sont guère différents de ceux d’autres grands joueurs. Comme, par exemple, ceux de Johan Cruyff.
7 fois champion d’Argentine et de Colombie
Comme joueur de 1945 à 1952
Alfredo Di Stefano signe avec le River Plate de Buenos Aires à 18 ans. Du temps de Juan Peron. D’abord comme amateur, puis bientôt, comme professionnel.
Il y reste jusqu’en 1949, année où il rejoint, à Bogota, les Millonarios, entraîné par le fameux Hector Scarone. Il y fera 3 saisons avant de s’enfuir pour l’Espagne, à la Noël 1952.
Au cours de ces 7 premières années de sa carrière de footballeur, Alfredo di Stefano gagnera la Copa America avec la sélection nationale, deux fois le championnat d’Argentine avec le River Plate et trois fois le championnat de Colombie avec les Millonarios.
Comme entraineur en 1969 et 1981
Alfredo di Stefano met fin à sa carrière en tant que joueur professionnel en 1967. Il commence alors une carrière d’entraineur. Pour sa première saison comme entraineur, il revient en Argentine.
En 1969, il est nommé manager général de l’équipe première du Boca Juniors, le rival de toujours du River Plate et la même année, le Boca Juniors remporte le championnat d’Argentine.
Après cette victoire, il s’envolera pour l’Espagne et il reviendra brièvement sur le continent, en 1981, Cette fois, pour encadrer le River Plate. Lequel devient, sous sa direction, champion d’Argentine.
Le champion aux 20 victoires
Arrivée tumultueuse en Espagne
C’est en Espagne, où il est naturalisé en 1956, qu’Alfredo di Stefano fera la part la plus glorieuse de sa carrière, aussi bien de joueur que d’entraîneur. Et ses premiers pas en Espagne sont tout, sauf paisibles.
Alfredo Di Stefano arrive en Espagne en 1952. Il a 26 ans. Le FC Barcelone et le Real Madrid se le disputent. Le River Plate et les Millonarios veulent faire payer très cher son transfert. La Juventus est même, un temps, embarquée dans cette affaire.
Laquelle finit par se conclure, après moultes négociations, impliquant le gouvernement espagnol et la FIFA, par « l’achat » définitif, en 1953, du joueur par le club madrilène, pour un montant record équivalent à près de 40 % de ses recettes annuelles.
Le joueur vedette aux 18 victoires, avec le Real Madrid, de 1954 à 1964
8 fois champion d’Espagne, 5 fois champion d’Europe, 2 fois champion de la coupe latine et 1 fois champion intercontinental.
Dès ses débuts, en 1954, au Real Madrid, Alfredo Di Stefano fait fort. Après avoir, pourtant, perdu son premier match, sous le maillot madrilène, face au FC Nancy.
En effet, Le club remporte la liga, 21 ans après en avoir conquis le trophée pour la dernière fois. Nouveau succès en ligue l’année suivante, en 1955, la coupe latine, en prime.
Et plus encore, avec le trophée de la première édition de la coupe d’Europe, en 1956. L’année de la naturalisation d’Alfredo di Stefano. Il joue alors contre les équipes phares que sont le Servette de Genève, le Partizan Belgrade, le Milan Ac et le stade de Reims.
Puis, celui de la deuxième édition, en 1957. Et encore la coupe latine, et le championnat d’Espagne, la même année. Un vrai festival !
Et le festival se poursuit les années suivantes. Avec la ligne de rêve formée par Ferenc Puskas, Gento et Kopa. Championnat d’Espagne en 1958, 1961, 1962, 1963 et 1964. Coupe d’Europe en 1957, 1958, 1959 et 1960. Et première coupe intercontinentale en 1960.
Sans oublier la petite coupe du monde des clubs en 1956 et la coupe du généralissime en 1962.
Mais, il ne pourra pas afficher à son palmarès de victoire en sélection nationale. En 1958, l’équipe espagnole tombe devant l’Ecosse. En 1960, elle doit déclarer forfait devant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Et en 1962, Alfredo Di Stefano est victime d’une déchirure musculaire.
Un entraineur au bilan contrasté, avec 2 victoires seulement, en Espagne, de 1970 à 1990
Alfredo Di Stefano met fin, au Real Madrid, a sa carrière de joueur en 1967. Il a 41 ans, mais cela fait près de 3 ans qu’il ne joue pratiquement plus. Et c’est également au Real Madrid qu’il mettra fin, à 65 ans, à sa carrière d’entraîneur, en 1990.
Tout au long de cette période où Alfredo Di Stefano a entraîné, hors Amérique latine, successivement ou alternativement, le Valence CF et le Real Madrid, un peu le Rayo Vallecano et très, très peu l’Etche CF, les résultats ne sont guère au rendez-vous.
Tout au plus, peut-on mettre à son actif, un championnat d’Espagne et un championnat d’Europe au profit du Valence CF. Quant au Real Madrid, où il officie au début des années 80, il déclarera, un peu désabusé :
Nous sommes les Poulidor du football.
Un joueur exceptionnel ne fait pas forcément un entraîneur exceptionnel, tout comme un entraîneur peut être exceptionnel, sans avoir jamais été un joueur exceptionnel comme, par exemple, José Mourinho.
Pourquoi le Real Madrid joue-t-il au stade Di Stefano ?
En mai 2006, le stade Alfredo-Di-Stefano est inauguré. C’est le stade de rattachement du Real Madrid Castilla et le terrain d’entraînement de l’équipe première.
Il porte le nom d’Alfredo Di Stefano pour honorer celui qui reste le 3ème buteur de toute l’histoire du Real Madrid et qui a été élu, en 2000, président d’honneur du club, où il a joué plus de 10 ans.
Alfredo Di Stefano, 3 fois ballon d’or et une fois super ballon d’or
Le ballon d’or est une récompense, attribuée au meilleur joueur de l’année, créé par le magazine France Football, en 1956.
D’abord limité aux joueurs européens évoluant dans un championnat européen, il est désormais attribué au meilleur joueur au monde, sans distinction de nationalité.
Alfredo Di Stefano, naturalisé espagnol en1956, est monté sur la deuxième marche du podium du ballon d’or dès sa création. Derrière Stanley Matthews, du Blackpool FC, et avant Raymond Kopa, également, du Real Madrid. Mais, dès l’année suivante, en 1957, il est sur la première marche, et encore une fois en 1959.
Depuis sa création en 1956, d’autres joueurs ont été récompensés par la ballon d’or plus de fois qu’Alfredo Di Stefano. Mais, Alfredo Di Stefano est le seul à avoir reçu le super ballon d’or pour récompenser le meilleur joueur des trente dernières années.
C’était en 1984. Ses challengers de l’époque étaient Johan Cruyff, Michel Platini, Franz Beckenbauer, Kevin Keegan, ou encore Karl-Heinz Rummenigge. Aucun autre super ballon d’or n’a été attribué depuis.
Alfredo Di Stefano sur le terrain, d’ailier droit à avant-centre
Alfredo Di Stefano a débuté sa carrière comme ailier droit, mais très vite, il la poursuit comme avant-centre. C’est à ce poste qu’il donnera le meilleur de lui-même et s’imposera comme le meilleur joueur de sa génération.
Mais, à ce poste, il va inventer un nouveau style de jeu. Faisant la synthèse entre le style très technique du football sud-américain de ses débuts et celui beaucoup plus tactique, plus fluide aussi, de la sélection nationale hongroise des années 50.
L’alliance des deux est le fondement même de ce qu’on appelle, depuis les années 70, le football total, autrement dit, le football moderne, caractérisé par le placement mouvant des joueurs.
Le fait est que les qualités physiques, techniques, et mentales d’Alfredo Di Stefano l’ont indiscutablement prédisposé à jouer ce rôle de précurseur et à occuper tous les postes, y compris celui de gardien de but.
Maîtrisant superbement les dribbles et les passes, sachant toujours se placer, avec autorité, là où il faut, capable de faire preuve d’endurance et de vitesse, pendant toute la durée d’un match, Alfredo Di Stefano est indubitablement le précurseur des grands champions d’aujourd’hui.
Alfredo Di Stefano, un précurseur total
Précurseur, Alfredo Di Stefano ne l’a pas été seulement sur la pelouse. Par bien des côtés, il annonce, par ses attitudes, les joueurs des générations suivantes.
Un environnement familial propice au football
Au tout début, Alfredo Di Stefano ne se destine pas à être un joueur professionnel de foot. Il aime le foot, bien sûr, comme son père, et le reste de sa famille. Et, à cette époque, son idole s’appelle Arsenio Erico.
Mais, celui qu’on appellera « El Aleman« , ou « La saeta rubia« , à cause de ses cheveux blonds, commence comme vaquero dans la ferme de ses parents et aimerait bien devenir ingénieur agronome.
Un sens précoce du football
Il montre très tôt ses dispositions. Engagé comme amateur par le River Plate, il devient pro, un an après, dans le club ami, le CA Huracan.
Quand il revient au River Plate, son entraîneur Carlos Peucelle, le mettra au poste d’avant-centre, précédemment occupé par Pedernera, la vedette du club, parti joué sous d’autres cieux. Poste qu’il ne quittera plus.
Gabriel Hanot (1889 – 1968), ancien joueur international et fin connaisseur de la planète football, dira de lui :
Il est une tactique à lui tout seul.
Un esprit indépendant et solidaire
Incontestablement leader sur le terrain, Alfredo Di Stefano a néanmoins l’esprit d’équipe et sait s’impliquer fermement pour défendre ses intérêts et ceux de ses co-équipiers Nestor Rossi, Angel Labruna ou Jose Manuel Moreno, par exemple.
Plusieurs présidents de club en feront l’expérience comme Antonio Vespucio Liberti, du River Plate, Alfonso Senior Quevedo, de Los Millonarios, Enric Marti, du Barça, de même que l’entraineur du Real Madrid, Miguel Munoz.
Un modèle pour les générations suivantes
Ses qualités footballistiques, mais aussi sa personnalité, font assurément d’Alfredo Di Stefano un modèle pour tous les joueurs qui ambitionnent de faire une grande carrière dans le monde du football.
Père de 6 enfants, marié pendant 55 ans, bien conscient de tout ce que lui a apporté le football, une balle ronde portant l’inscription « Gracias Vieja » orne son jardin, il s’éteint, victime d’une crise cardiaque en pleine rue, à Madrid, le 5 juillet 2014. 88 ans, presque jour pour jour, après sa naissance, le 4 juillet 1926, à Buenos Aires.

