Le lusail Iconic stadium, un stade à la hauteur des ambitions du Qatar

Pour la première fois depuis sa création, la coupe du monde de football 2022 a eut lieu du 21 novembre au 18 décembre dans la péninsule arabique. A Doha, Al-Khor, Al-Wakrah, très exactement ! Pour l’occasion, 8 stades de foot accueillent les différents matchs et c’est au plus grand d’entre eux, le Lusail Iconic Stadium que revient l’honneur de recevoir les deux équipes arrivées en finale.

Mais, en quoi le Lusail Iconic Stadium, un des 8 stades de foot du Qatar, peut-il être considéré comme un stade mythique ? 

 

Politique sportive du Qatar

Richesse du Qatar

Au Qatar, le sport est roi. Et le football plus que les autres sports. C’est que le Qatar est un tout petit pays avec une frontière avec l’Arabie Saoudite. Sa superficie fait tout juste un peu plus de 11 000 km2, face à l’immensité de l’Iran de l’autre côté du golfe persique. Ou à celle de l’Arabie Saoudite.

Autrefois, ses habitants, un peu plus de 2 000 000 aujourd’hui, vivaient principalement de la pêche et de la culture de perles. Son indépendance date des années 50 et sa richesse, du pétrole, découvert à peu près à la même époque, mais surtout, de l’exploitation de l’énorme champs gazier qu’il partage avec l’Iran. 

Politique sportive du Qatar
Politique sportive du Qatar

 

 Stades de foot au Qatar et poids politique du Qatar

Ancienne colonie, 2 millions d’habitants, 11 000 km2, pas de quoi peser sur la politique régionale face aux poids lourds comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou Israël. Et encore moins sur la politique mondiale !

Oui, mais voilà, le Qatar est très, très, riche et la famille régnante, les Al Thani, à l’origine de petits entrepreneurs, est ambitieuse. Grâce au sport, au football, aux médias, à ses investissements tout azimuts et à sa maîtrise d’une énergie clé, le petit pays est devenu un acteur incontournable sur la scène internationale. 

Qui l’eut cru, il y a seulement 40 ans ?

Les deux grands outils au service des ambitions mondiales du Qatar 

Le Qatar, on a trop tendance à l’oublier, c’est la chaîne de télévision en continu Al Jazeera. La chaîne est vue par près de 30 millions de spectateurs au Moyen Orient et en Afrique du Nord.  Ce qui lui confère un indéniable pouvoir d’influence.

Et ce n’est pas tout. Le Qatar, c’est aussi le fonds d’investissement souverain, Qatar Investment Authority (QIA). Fondé en 2005, il détient près de 500 milliards de dollars d’actifs. Une grande partie de ces actifs se trouvent en France.

Le QIA possède ainsi, par exemple, des parts dans les hôtels Accor (10%), dans Airbus, TotalEnergies, Lagardère, Paris Match, Suez environnement, Véolia, Vinci, LVMH, et bien sûr, dans le PSG (100%), via une filiale Oryx Qatar Sports Investments (Oryx QSI).

A noter que QIA a bénéficié des conseils avisés de Villepin International, aujourd’hui fortement investie en Chine. Cette société a été fondée par l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin.

Et pour faire bonne mesure, en marge des stades de foot, on peut y ajouter aussi les investissements colossaux réalisés par les princes du Qatar dans le domaine artistique. Comme l’illustre, par exemple, la fastueuse collection du cheikh Hamad Ben Abdullah Al Thani, cousin de l’émir, que l’on peut voir à Paris. 

 

Organisation par le Qatar de la coupe du monde de football 2022

Des conditions climatiques extrêmes 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’attribution de l’organisation de la coupe de football au Qatar ne s’est pas faite sereinement. D’abord, pour des raisons climatiques. Il fait toujours chaud au Qatar ! Normal, c’est un climat dit désertique. Pendant 6 mois de l’année, les températures avoisinent les 40 degrés !

Elles ne baissent, et encore relativement, que de novembre à mars. De fait, pendant les mois de novembre et de décembre, elles tournent en moyenne entre 25 et 30 degrés. C’est la raison pour laquelle, exceptionnellement, les 64 matches de cette coupe du monde ont été programmés du 20 novembre, pour le match d’ouverture, au 18 décembre, pour la finale.

Polémiques autour des modalités de l’attribution de l’organisation de la coupe du monde 2022 au Qatar

Elles ont commencé en 2010. A la surprise générale, le 2 décembre 2010, le Qatar obtient les droits d’organisation de la coupe du monde 2022. Les Etats-Unis qui comptaient bien l’organiser sont écartés. De même que l’Australie. Quant aux autres pays du Moyen-Orient, comme l’Arabie saoudite, voisin immédiat du Qatar, ils ont du mal à ravaler leur rancœur de voir le “petit” Qatar ainsi privilégié. 

Michel Platini
Michel Platini

A partir de là, les accusations de corruption pleuvent ! Le Qatar aurait acheté les votes ! Michel Platini en fait les frais. Il est emporté par la tourmente qu’elles suscitent et perd tous ses mandats. Alors même qu’il devait prendre la tête de la FIFA ! Ce qui est loin de déplaire à certains de ses membres permanents.

Conditions économiques et sociales de la construction des stades de foot du Qatar

Les habitants du Qatar, on l’a dit, sont peu nombreux. Grâce aux revenus du gaz, largement redistribués, ils bénéficient tous d’un niveau de vie très confortable. lls doivent donc faire appel à une nombreuse main-d’œuvre étrangère pour s’occuper de tout ce qu’ils n’ont aucune raison, ou envie, de faire.

Cela dit, à de nombreuses reprises, il a été fait état des conditions de travail déplorables dont cette main d’œuvre étrangère pouvait être victime. 

L’organisation sans failles des matchs dans les 8 stades de foot du Qatar

Du fait de ses  ressources pratiquement illimitées, le Qatar a pu mener son programme de construction de stades de foot et d’équipement dans les délais prescrits. Le Khalifa International Stadium qui se trouve dans l’Aspire Zone, connue aussi sous le nom de Doha Sports City, est opérationnel depuis 2017. Il peut accueillir un peu plus de 45 000 spectateurs.

En plus de ce stade, les matchs vont se dérouler dans les 7 autres stades de foot du Qatar, tous climatisés, sauf le stade 974. Ce dernier, qui peut accueillir 40 000 spectateurs, est, en effet, un équipement démontable, construit avec des conteneurs. Mais, en principe, il n’y a pas besoin de climatisation en novembre et décembre.

En dehors du très grand Lusail Iconic Stadium qui accueille la finale, les 5 autres stades de foot du Qatar sont également fin prêts à recevoir les équipes et les spectateurs : 

  • Le stade Al Bayt, de 60 000 places, construit dans la ville d’Al-Khor à 60 km de Doha. Il ressemble à une immense tente de bédouins et son toit est rétractable.
  • Le stade Al Jaoub, de 40 000 places, construit dans la ville d’Al-Wakrah, proche de Doha, 15 minutes en voiture, 20 minutes en bus. Il ressemble à une coque de bateau de pêche traditionnel.
  • Education City Stadium. Il fait partie du campus de l’université, à 7 km du centre de Doha. Sa capacité est de 40 000 places. 
  • Al Thumama Stadium. Situé dans la banlieue de Doha, il ressemble à un couvre-chef traditionnel et peut accueillir 40 000 spectateurs. Il a été inauguré le 22 octobre 2021 pour la finale de la coupe du Qatar de football.
  • Ahmed Bin Ali Stadium. On l’appelle aussi le stade Al Rayyan parce qu’il se trouve dans la ville d’Al Rayyan. Al-Rayyan est la capitale de la 2ème municipalité du Qatar, juste après Doha. Plus de 40 000 spectateurs peuvent y assister aux matchs. C’est le stade du club résident, le Al-Rayyan Sports Club. On dit aussi le stade des Lions ou des Féroces.

 

Le Lusail Iconic Stadium 

Le Lusai Iconic Stadium est plus qu’un stade. Par sa taille, par son architecture et par son rôle urbain. Pour toutes ces raisons, on comprend qu’il puisse être iconique pour tous les qatariens.

Un stade aux dimensions et à l’équipement  hors normes

Commencé en 2017, le stade a été inauguré le 22 novembre 2021. Après 4 ans de travaux et un coût approchant les 700 millions de dollars, le stade qui peut accueillir près de 80 000 spectateurs est incontestablement le plus grand de la péninsule arabique. Par ailleurs, avec ses équipements high tech et son architecture à la fois futuriste et traditionnelle, il est, à coup sûr, actuellement : 

un des stades les plus modernes au monde.

Le stade conçu par le cabinet Foster et Partners

Cette modernité et cette image, le Lusai Iconic stadium le doit à ses concepteurs, le cabinet Foster et partners.  Ce dernier est un cabinet d’architecture mondialement connu. C’est à lui que l’on doit notamment la conception du viaduc de Millau et le réaménagement du stade de Wembley

A la base de sa conception, on trouve trois principes :

  • Naturellement, la modernité des lignes, des matériaux et des aménagements.
  • Mais, surtout, le souci de rappeler la culture traditionnelle  du Qatar. Celle-ci est particulièrement visible dans le choix d’une typologie architecturale tout en rondeur et en dorure faisant référence à l’artisanat arabe traditionnel. 
  • Et enfin, par l’intégration du projet dans un projet beaucoup plus vaste de construction d’une ville entièrement nouvelle en plein désert. Un peu comme Brasilia au Brésil. 

Un stade au cœur d’une ville entièrement nouvelle 

Le Lusai Iconic Stadium a été d’emblée conçu comme un élément central d’un projet de développement urbain pesant près de 40 milliards dollars

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Ce n’est pas la première fois qu’un stade de foot sert d’ancrage au réaménagement ou à la restructuration d’un ensemble urbain. On en a de beaux exemples avec la construction du stade de France à Saint Denis ou encore avec le projet de Feyenoord city à Rotterdam. Ce sont toujours des opérations lourdes, financièrement et complexes, techniquement. 

Avec le Lusail Iconic Stadium, on a quelque chose de différent. D’abord, les moyens financiers ne manquent pas et la maîtrise d’ouvrage est fortement concentrée entre les mains de la famille régnante. Ensuite, il est toujours plus facile de partir de zéro que de reconstruire par-dessus de l’existant.

Enfin, d’emblée, le profil du stade a été conçu en fonction de l’après mondial. D’évidence, si un stade de 80 000 places se justifie dans le cadre d’une finale de coupe du monde, il ne l’est pas dans le cadre de championnats locaux ou régionaux, au fin fond du désert. Même avec une solide climatisation !

Par suite, dès la fin du mondial, le Lusail Iconic Stadium va faire l’objet d’une restructuration. Une partie de sa surface va ainsi être réutilisée pour héberger, certes d’autres installations sportives, mais également, des magasins, des cafés, des restaurants, des écoles ou encore des établissements médicaux.

A l’image, par exemple, du Villagio Mall de Doha qui aligne un grand nombre de boutiques de luxe en bordure d’un canal artificiel, avec gondoles et façades vénitiennes, tout en offrant la possibilité de profiter des équipements in-door d’un parc d’attractions, d’un mini golf et d’une piste de kart. 

Autrement dit, le Lusail Iconic Stadium est doublement iconique. Iconique par son rôle phare dans la coupe du monde de football de 2022. Iconique par sa dimension éphémère et son rôle moteur dans l’animation d’une ville nouvelle. 

 

En bref 

Par rapport à la dernière coupe du monde de football, qui s’est déroulée en Russie en 2018, les conditions de la coupe du monde 2022 sont radicalement différentes. Entre autres, le climat est différent et la distance entre les stades est différente. On peut pratiquement se rendre de l’un à l’autre en métro. Rien que pour cela, l’ambiance ne peut être que différente. 

Mais surtout, la coupe du monde 2022 est l’occasion de consacrer l’émergence d’un tout petit pays, devenu un des plus riches de la planète, alors qu’il était inexistant, il y a seulement encore 40 ans. Un vrai conte des mille et une nuits !

Cette émergence en dit long sur ce qui conditionne, à l’orée du XXI ème siècle, la puissance d’un Etat au niveau international. 

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