George Best, l’icône « sixties » du foot

George Best est le Best, comme Bruce Springsteen, le chanteur de rock américain, est le Boss. A peu près de la même génération, à trois ans près, celle née  tout juste après la seconde guerre mondiale, et d’esprit « rock and roll », l’un et l’autre. Mais, et c’est le moins qu’on puisse dire, ils n’ont pas suivi la même trajectoire.

Le premier s’est très vite brulé les ailes et s’est éteint en 2005, le second sort son vingtième album, « Letter to you » , en octobre 2020, et a fait l’objet d’un cours spécial de l’université Rutgers basé sur l’analyse et l’interprétation des textes bibliques qui parsèment ses chansons. Alors qui était Mr George Best ? 

Un joueur de foot béni des dieux

Georges Best est né à Belfast le 22 mai 1946. C’est un « boomer » issu de la « working class » orangiste. Sa mère a été championne de hockey sur gazon, mais quand la guerre a éclaté, elle a du abandonné sa carrière et ne s’en est jamais remise.

Georges Best est né à Belfast
Georges Best est né à Belfast

Elle sombre alors dans l’alcool, malheureux exemple pour le jeune Georgie. Mais, la famille tient bon, et Richard, le père de Georgie, bon footballeur, lui sauvera la mise au moment de son recrutement par le Manchester United. 

La sélection de George Best

C’était en 1961, Georges Best avait 15 ans. Un jour, il joue au foot avec un de ses potes devant Bob Bishop, qui se trouve là par hasard, et qui recrute pour le compte du MU. Il en est tout retourné et il envoie de toute urgence un télégramme au patron du MU, Matt Busby. 

Matt, écrit-il, j’ai trouvé deux jeunes, un bon et un génie.

Le génie, c’est Georges Best. Obligé, avec un nom pareil ! Le club de Manchester convoque les deux gamins. Ils doivent passer une semaine à Manchester pour montrer de quoi ils sont capables.

La sélection de George Best
La sélection de George Best

A la fin de la première journée, ils trouvent qu’ils en ont assez fait et ils prennent le chemin du retour sans attendre les résultats de la semaine d’essai ! Pour George Best, c’est une première marque d’une indépendance vis-à-vis de la planète foot dont il ne se départira jamais.

Le recrutement de George Best

Heureusement, Richard, le père de Georgie, veille. Il appelle Matt Busby pour excuser le faux pas de son fils. Il n’en faut pas plus pour que tout rentre dans l’ordre. Car Matt Busby a été littéralement ébloui par la prestation du jeune Best. Il y a de quoi ! Comme le dira un de ses admirateurs :

Ses pieds étaient si précis qu’il s’amusait souvent à déposer une pièce sur le bout d’une de ses chaussures pour l’envoyer directement dans une des poches de sa veste. 

À partir de là, tout s’enchaîne très vite. George Best est recruté comme apprenti par le chef recruteur du Manchester United, Joe Armstrong.

Premier coup de maître de celui qui n’est pas encore l’idole « sixties » du foot

Et le 14 septembre 1963, à 17 ans et 4 mois, il fait ses premiers pas comme joueur professionnel, membre de l’équipe première, dans un match à domicile contre le West Bromwich Albion FC

Relégué en EFL Championship (D2), pointant à la 10ème place pour la saison 2021-2022, le club est un des douze clubs fondateurs de la football league.  À l’époque, il est entrainé par Jimmy Hagan et il fait partie de l’élite.

Pour sa première participation, George Best, qui joue au poste d’ailier gauche, ridiculise le latéral adverse, le gallois Graham Williams.

De 8 ans, son aîné, Graham Williams qui fera toute sa carrière pour the Hawthorns n’est pas n’importe qui. 3 ans plus tard, il en sera, d’ailleurs, le capitaine et gagnera la coupe de la FA Cup

 

George Best, le joueur de foot virtuose

En 1966, George Best est la révélation de l’année. C’est même l’apothéose ! En coupe d’Europe des clubs champions, il met en échec le Benfica d’Eusebio et gagne le match avec un fracassant 5-1 dont un doublé d’anthologie. La planète footballistique européenne est en émoi. 

Cette phase européenne n’est pourtant qu’une étape. L’année d’avant, en 1965, George Best est incontestablement l’artisan du titre de champion d’Angleterre glané par le MU. Comme il le sera, l’année suivante, en 1967, avec un  nouveau titre de champion d’Angleterre. 

George Best est champion d'Europe
George Best est champion d’Europe

1968, c’est la consécration. George Best est champion d’Europe et marque le but de la victoire face au Benfica. Aucun club anglais n’était jusqu’alors arrivé à ce stade.

Les Anglais ne jurent plus que par George Best. Il a 24 ans et il est au sommet de sa forme. Il obtient en bonne logique le ballon d’or 1968

La suite est moins brillante. Georgie ne le sait pas encore, mais les 6 années qui lui restent à faire au sein du Manchester United vont être beaucoup moins glorieuses. En tout cas, sur le plan sportif. Car pour le reste, Georgie est une vraie pop star. 

 

Georgie, la pop star du foot

Pour les sixties, George Best n’est plus un joueur de foot, c’est, dit-on, le 5ème Beatles !  Il en a d’ailleurs le look ! Une camionnette de la Poste vient livrer tous les matins au Old Trafford les milliers de lettres qui lui sont adressées par ses fans. 

Georgie, le 5ème Beatles
Georgie, le 5ème Beatles

Et tant pis s’il préfère les Rolling stones dont il adopte tous les tics. Georgie dépense sans compter ce qu’il gagne sur le terrain, en soirées bien arrosées, en fiestas permanentes, en aventures d’un jour ou d’une semaine, etc. La totale ! 

Porté sur l’alcool depuis toujours, l’exemple de sa mère, peut-être, il devient carrément alcoolique à cette époque et il lui arrive de commencer un match complètement ivre. Selon un de ses anciens coéquipiers, Willie Morgan : 

George pensait qu’il était le James Bond du foot. Il avait tout ce qu’il voulait, l’argent, les filles, la gloire. Il vivait au jour le jour et s’en est toujours tiré comme ça. Quand il manquait l’entrainement, les gens trouvaient des excuses à sa place. Il n’avait pas à en fournir. Il se foutait de tout. 

Du moins tant que Matt Busby, l’entraineur du MU, est là pour arranger les conséquences de ses frasques et à pouvoir le canaliser. Oui, mais voilà, Matt Busby se retire progressivement de l’encadrement du club, à partir de la fin des années 60. Et en 1974, à 28 ans, après de nombreux avertissements, George Best est viré du club. 

Pendant toute sa carrière au Manchester United, George Best aura joué 466 fois et marqué 178 buts. Grâce auxquels il aura été meilleur buteur de son club durant 6 années consécutives et meilleur buteur du championnat anglais pendant la saison 1967-68. 

 

Une fin de carrière en forme de crash

Certes, de son éviction du MU en 1974 à sa retraite définitive en 1983, George Best continue à amuser la galerie. Ses bons mots font toujours mouche, mais il ne trouve plus à faire que des « ménages » pour des clubs de second rang, où il lui arrive parfois, entre deux périodes d’ivrognerie, de faire des étincelles. C’est quand même le « Best ». 

De 1974 à 1983, George Best va donc enchaîner les « piges », la plupart du temps dans des clubs de second ordre. En Afrique du Sud, aux Etats-Unis, en Irlande, en Australie, en Angleterre ou en Ecosse. Quelques fois, on y retrouvera le grand Georgie, mais le plus souvent on y verra un joueur aviné et empâté. 

Ce qui ne l’empêche pas de distribuer les bons mots dont il a le secret. Lors de son passage au Los Angeles Aztecs, il dira, exemple entre mille de sa verve :

J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer.

Sur ces 9 années d’errance qui l’amèneront, petit à petit, à aller s’enterrer, ruiné, dans une petite maison à Antalya, en Turquie, il n’y a pas lieu de s’étendre. Il s’éteindra en 2005, à l’âge de 59 ans, victime d’une infection pulmonaire. 

Sa mort suscitera une vive émotion et plus de 300 000 personnes assisteront à ses obsèques nationales à Belfast, sous la pluie et au son de la chanson des Beatles, the long and winding Road. Le même jour, on donnera son nom à l’aéroport de Belfast. 

 

Maradona, George Best, destins croisés

Quand on s’attarde sur les destins de Diego Maradona et de George Best, on ne peut manquer de noter les similitudes. L’un et l’autre ont été des stars adulées par le monde entier.  Mais, l’un et l’autre ont eu une fin de carrière difficile. Pour ne pas dire plus.

Alors qu’est-ce qui leur a manqué ? Et surtout, qu’est-ce qui a manqué à George Best ? Au fond, la réponse à cette dernière question vaut sans doute aussi bien pour l’un que pour l’autre. 

En fait, George Best s’est trouvé très vite livré à lui-même. Confronté à une mère défaillante, à un père un dépassé par les évènements, Georgie n’a pas trop déraillé tant qu’il a pu compter sur son mentor, Matt Busby ou encore la seule femme qu’il ait vraiment aimée, le top model Angie McDonalds, avec qui il aura un fils, Callum, et qu’il finira par épouser. 

Mais, l’un et l’autre, impuissants devant son irrépressible tendance autodestructrice, se lasseront et l’abandonneront à ses démons :

Je ne peux pas m’empêcher de boire

Dira-t-il. Soumis à une aussi forte pression, le chanteur Bruce Springsteen, né tout juste 3 ans après Georgie, aura un parcours bien différent. Pour des générations entières, il est encore maintenant le Boss. Autrement dit, celui qui montre la voie.

Les paroles de sa chanson Born to run est de ce point de vue une bonne entrée en matière. Quelles que soient les difficultés rencontrées, d’où qu’on vienne, on peut toujours passer outre et continuer à courir.

 

Et s’il peut être le Boss, c’est qu’à la différence de George Best, il a su trouver en lui les ressources nécessaires pour ne pas dérailler. Car être le meilleur ne suffit pas.

C’est ce qu’ont bien montré Azzan Yadin-Israël dans son livre, tiré de son séminaire donné à la Rudgers University, The theologies of Bruce Springsteen, et la réalisatrice Gurinder Chadha avec son film Music of my life.

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