Ferenc Puskas a eu deux carrières comme joueur professionnel, la première, en Hongrie, avec le Budapest Honved, la seconde en Espagne, avec le Real Madrid. Les deux feront de lui un des meilleurs buteurs de foot au monde. Entre les deux, il y a l’invasion russe de 1956. Commencée en octobre, la révolte est écrasée en novembre. Fin de partie pour Puskas et le football hongrois qui a étonné le monde. Pourtant, bel exemple de ténacité, de maîtrise footballistique et de chance, Puskas saura rebondir. Et pas qu’un peu, puisqu’il fera les beaux jours du Real Madrid, pendant près d’une décennie, avec ses coéquipiers Alfredo Di Stefano, Paco Gento et Raymond Kopa. Mais qui était donc ce joueur hors norme qui est devenu en 23 ans de carrière un des meilleurs buteurs de foot au monde ?
Une première carrière où il gagne le surnom de major galopant
Ferenc Puskas commence très tôt sa carrière de joueur professionnel. Il triche d’ailleurs sur son âge pour entrer en1943, comme joueur professionnel, dans son premier club, le Kispest AC. Né le 1er avril 1927, il n’a pas encore 16 ans. Mais, il dira qu’il est plus âgé et même, par superstition, dit-on, qu’il est né le 2 avril. Pendant 6 ans, il va y faire des étincelles.
Ferenc Puskas, avant-centre du Budapest Honved et déjà un des meilleurs buteurs de foot au monde
Puis, il rejoindra le Budapest Honved en 1949. C’est un grand club, sous la coupe de l’armée hongroise. Son père y est entraineur depuis plusieurs années, après y avoir été lui-même joueur, et c’est là qu’il gagnera son surnom de major galopant. Major, c’est, en effet, le grade qui lui a été donné. Le qualificatif « galopant » n’appartient, bien sûr, qu’à lui.
Et effectivement, l’équipe hongroise va étonner la planète foot avec son jeu révolutionnaire pour l’époque, résolument offensif, et son numéro 10, Ferenc Puskas.
A noter pour la petite histoire, que son nom de naissance, Ferenc Purczeld Abido, a été changé par son père, d’origine souabe, pour mieux s’intégrer dans la société hongroise. Quant à Puskas, cela peut se traduire par fusilier en français.
Le fait est que Puskas, bien aidé par son fameux pied gauche, la puissance de son torse et de ses jambes, sera le bourreau de bien des gardiens de but. Ce pas pour rien qu’il est un des meilleurs buteurs de foot au monde, sinon, Le meilleur.
Cela dit, les hongrois de Ferenc Puskas vont mettre le feu sur les pelouses de 1949 à 1956, et notamment sur celle de Wembley, où ils battent les anglais à plate couture par un tonitruant 6 à 3 en 1953. Les anglais n’avaient pas vu ça depuis des lustres et ils auront du mal à s’en remettre. A partir de là, on ne parle plus que des « magic magyars« .
Ferenc Puskas, un palmarès en béton pour l’équipe hongroise
Pendant toutes ses années hongroises, Ferenc Puskas va pratiquement faire partie de toutes les sélections nationales, près de 85 en tout.
Il gagnera la médaille d’or aux jeux olympiques de 1952, à Helsinki. Il sera finaliste de la coupe du monde en 1954 et 4 fois champion de Hongrie en 1950, 1952, 1954 et 1955.
Cependant, tous ces succès ne lui tournent pas la tête. Ferenc Puskas est un bon vivant, plutôt généreux et sympathique, et, ce qui ne gâte rien, toujours aimable.
Puis survient, l’invasion russe. Ferenc Puskas a 31 ans et on pourrait croire qu’elle sonne le glas de sa carrière.
Une deuxième carrière, attaquant avec Alfredo Di Stefano et Paco Gento, où il devient Pancho
De petite taille, 1,70 m, comme son acolyte Paco Gento, mais avec 8 cm de moins que son autre co-équipier, Alfredo Di Stefano, ensemble, ils vont former un trio d’enfer.
L’un est hongrois, l’autre, argentin et, vient d’être naturalisé espagnol et le dernier de la bande est un natif. Mais, au moment où Ferenc Puskas le rejoint, Alfredo Di Stefano et Paco Gento ne sont pas les seules vedette que compte le club madrilène.
On y trouve aussi des joueurs sublimes comme Kopa, Rial, Santamaria, ou Dominguez. Et de plus, quand il est recruté, Ferenc Puskas, passe pour une étoile, non pas montante, mais plutôt descendante. Un petit retour sur image s’impose donc.
Les mois « galère » de Ferenc Puskas
Le 30 octobre 1956, le journal Le Monde titre : »Ferenc Puskas est mort en combattant avec les insurgés ». « Fake news » dirait-on aujourd’hui. En fait, Ferenc Puskas est à Bilbao avec son équipe pour la coupe des champions 1956-1957.
Avec ses co-équipiers, il décide de passer à l’ouest et s’exile en Autriche que sa femme et sa fille ont rejoint à pied. Tout semble finit pour lui. A la demande de la fédération hongroise, la FIFA l’écarte des terrains de foot pour 18 mois.
Le champion n’est plus qu’un réfugié parmi d’autres. Il ne survit que grâce aux mandats de son ex-coéquipier Laszlo Kubala qui joue au Barça. Il boit et grossit de 12 kg.
Clapet fin pour Ferenc Puskas ? Aujourd’hui, on sait bien que non. Mais, à l’époque, ça n’aurait surpris personne. Alors, d’où est venu le miracle ? Eh bien de Emil Oesterreicher. Qui est-il ? C’est son ancien secrétaire financier du temps du Budapest Honved.
C’est lui qui, à la surprise générale, va lui ouvrir les portes du Real Madrid. Comme quoi, il faut savoir cultiver ses relations et ne négliger personne.
Ferenc Puskas, la star du Real Madrid et, à nouveau, un des meilleurs buteurs au monde
Quand il arrive à Madrid, l’ex star hongroise n’a rien pour séduire. Il est « vieux » et il est gros. Les socios ne comprennent pas ce qu’il vient faire là. Hors mis, par compassion. Ferenc, on l’a dit, est aimable et sympathique.
Mais, c’est mal connaître Ferenc Puskas. 15 mois de galère, ça suffit et il a une famille à nourrir. Il ne laissera pas passer sa chance. Il perd 18 kg en 6 semaines !
La première année au Real est certes un peu difficile, il ne parle pas encore espagnol, et il ne joue pas la finale de la coupe des clubs champions en 1959. Mais, ses prestations sont suffisantes pour faire taire les critiques.
A partir de sa deuxième saison sur la pelouse du Santiago Barnabéu, Ferenc Puskas s’envole. Un vrai festival ! La précision et la force de son pied gauche désarçonne les défenses adverses et fait des prodiges.
Il est 5 fois champion d’Espagne en 1961, 1962, 1963, 1964 et 1965. Sans oublier la coupe d’Espagne qu’il remporte en 1962, ni la finale 1960 de la coupe des clubs où il se venge des allemands avec lesquels il a un vieux contentieux datant de la coupe du monde à Berne en 1954.
Il avait alors accusé l’équipe allemande, qui a remporté le championnat, contre tout attente, de s’être dopée. Ce qui a été confirmé par des experts en 2010. Les joueurs allemands ayant absorbé de la pervitine, la « drogue du soldat« . Elle doit son nom à l’usage massif qu’en a fait l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale.
Rien de mieux pour survoler la carrière de Ferenc Puskas que cette vidéo que la chaîne espagnole Duno Televizio a réalisé, en 1997, à l’occasion de son 70ème anniversaire et un vibrant hommage à Paco, le Canoncito Pum :
Un des meilleurs attaquants de l’Histoire, petit pas la taille, mais grand par le talent.
Ce qu’il faut retenir de la carrière de Ferenc Puskas, un des meilleurs buteurs au monde
Que reste-t-il de Ferenc Puskas, 56 ans après son dernier match en tant que joueur professionnel ? Une image, en noir et blanc, qui appartient désormais aux seuls souvenirs, celle d’un joueur offensif, toujours placé au bon endroit, pour marquer du pied gauche, le but infaillible.
Des buts, il en aura marqué au cours de sa carrière. Plus de 700 ! Ce qui en fait un des meilleurs buteurs de l’histoire du foot. Il est 6ème dans le top 10 des meilleurs buteurs avec 746 buts. Devant lui, on trouve Pelé avec 757 buts, Lionel Messi avec 759 buts, Romario avec 772 buts, Josef Bican avec 805 buts et Cristiano Ronaldo, CR7, avec 807 buts.
Cela dit, si Ferenc Puskas fut un grand joueur sur la durée, ce fut aussi un bien piètre entraîneur. Sauf peut-être pour le Panathinaikos qu’il amena à la finale des clubs champions en 1971. Pour le reste, de 1966 à sa retraite définitive en 1993, Pancho, le gaucher galopant fit de courts séjours un peu partout dans le monde, sans grand succès, il faut bien le dire.
Quoi qu’il en soit, le souvenir de Ferenc Puskas est inscrit dans la pierre. Celle du principal stade de Budapest qui porte son nom, le Puskas Arena Park. Celle, en polycarbonate, il est vrai, du trophée Puskas de la FIFA, créé en 2009, qui récompense le joueur ou la joueuse ayant marqué le plus beau but de la saison. Celle de la rue de Kispeste qui porte aussi son nom. Celle, enfin, de son tombeau dans la plus grande église de Budapest, la Basilique Saint Etienne.

